Menu

Faits divers | « J’ai vu le pare-brise en train d’exploser »


« Je me suis cramponné au volant, j’ai vu le pare-brise en train d’exploser »

Vingt ans que ce Ligérien installé dans la campagne bressane sillonne les routes de France par passion et pour livrer tout ce qu’un semi-remorque alimentaire “épicerie” peut transporter. Conserves, bouteilles d’eau, tonnes de gâteaux…

Cet amateur de pêche et d’équitation n’est pas dupe. « Je sais très bien qu’on ne nous aime pas. Les automobilistes ne supportent pas de se retrouver derrière nous. Combien de fois on nous dépasse alors que le conducteur va tourner à droite dix mètres plus loin… » Un désamour – parfois réciproque -, qui peut se traduire par un coup de klaxon, des appels de phare, au pire un geste malvenu.

Mais jamais Christophe n’est monté dans son camion avec la boule au ventre. Jamais il n’aurait imaginé quand il est parti de Fourcherans (39) à 14 h 30 ce lundi – après avoir déposé sa marchandise – avoir la frayeur de sa vie.

« Je me suis vu mourir »

Il se trouve sur la double voie de Joudes. « J’ai été doublé par un camping-car […] il s’est mis à rouler à une vitesse largement en dessous de la vitesse autorisée sans aucune raison apparente […] au moment de la double voie, je l’ai doublé facilement », selon la déclaration qu’il fait aux policiers.

Il raconte ensuite que dès lors qu’il se rabat jusqu’au rond-point de Tanvol à Viriat, il essuie des klaxons.

À Tanvol, il va finir par descendre de son PL et là, voit « trois fous furieux torse nus » arriver sur lui avec des casseroles et des bâtons à la main. Il se réfugie dans sa cabine, seule la portière passager est verrouillée.

« Je me suis cramponné au volant, il y en un qui cherchait à me faire tomber du camion, il a réussi à arracher la barre avec laquelle on arrive à grimper dans le camion, il m’a tapé avec. J’essayais de les repousser comme je pouvais. »

Il essuie des coups de bâton sur les membres inférieurs, au moins une entaille de 10 cm sur 6 sur la face interne de la cuisse. Et surtout il se voit « mourir ».

« J’ai entendu “je vais te buter”. Je voyais le pare-brise qu’ils étaient en train d’exploser, la vitre passager aussi, je me suis dit je suis foutu. J’ai essayé de me mettre un peu en retrait, dans la couchette. »

Il trouve le temps « très long » jusqu’au moment où il entend une voix « ça y est, c’est bon, ils ont été mis à l’écart, tu peux sortir ».

Quatre jours d’arrêt de travail

Des gendarmes, alertés par des automobilistes, sont arrivés les premiers sur les lieux et racontent la violence de ce qu’ils ont vu « deux hommes en train de taper comme des marteaux sur le chauffeur. Quand ils ont vu gendarmes sur nos tee-shirts, ils se sont calmés. Mais si on n’était pas intervenu, on ne sait pas dans quel état on l’aurait retrouvé ».

Plusieurs jours après les faits, Christophe, en arrêt de travail jusqu’au 22 juillet et dont le médecin a préconisé quatre jours d’arrêt de travail, fume cigarettes sur cigarettes dans un bureau au siège de la société pour laquelle il travaille à côté de Bourg. Et ne dort pas beaucoup.

Il a envie de reprendre la route « car je m’y sens libre et comme ça, j’arrêterais de cogiter. »

Sa gérante ajoute « quand je suis allée déposer plainte, il m’a dit « si vous avez vu “Orange mécanique”, c’est ça. »

Elle ne tarit pas d’éloge sur son chauffeur qu’elle emploie depuis sept ans « on aimerait qu’ils soient tous comme lui. Il n‘a jamais eu aucune infraction en sept ans avec les camions. Et un seul arrêt de travail pour une entorse. » Et s’inquiète, outrée : « des vols de chargement on en a connu, mais des violences, comme ça, c’est du jamais vu… »

Les six occupants du camping-car sont poursuivis pour violences aggravées, c’est-à-dire en réunion et avec arme, ils sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse le 10 novembre.

Source

Partagez cette info