Menu

Même au sujet des violences contre les femmes, le FN convoque Jeanne d’Arc



Sessions plénière du Parlement européen le 11 septembre 2017 (capture d’écran europarl.europa.eu)

Des eurodéputées ont défendu avec force l’adhésion de l’Union européenne à la Convention d’Istanbul, instrument de lutte contre les violences faites aux femmes. Pas du goût du Front National.


 

Des mots puissants, lundi 11 septembre au Parlement européen. Les eurodéputé.e.s débattaient d’un rapport sur la lutte contre les violences faites aux femmes, et plus précisément sur l’adhésion de l’Union européenne à la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

Entrée en vigueur le 1er août 2014, cette “Convention d’Istanbul” fixe à ses parties une série de standards minimums, très concrets, en matière de prévention des violences, de protection et d’assistance des victimes et de poursuites des auteurs. Il s’agit du texte international légalement contraignant le plus complet en ce domaine.

Le débat a été l’occasion pour la co-rapporteure, la française Christine Revault d’Allonnes (Socialiste), de rappeler que « pour éradiquer la violence contre les femmes, il ne s’agit pas seulement de combattre la violence en elle-même, mais il faut également un changement profond des mentalités de notre société. Cette violence s’enracine dans un cadre plus large des discriminations et des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes. »

En Europe, une femme sur trois a déjà été victime d’actes de violence physique ou sexuelle, selon une vaste enquête publiée en 2014.

Parmi les intervenant.e.s, l’Allemande Terry Reintke (Les Verts) a livré un témoignage puissant, isolé par le média Brut :

 

Christine Revault d’Allonnes a tenu à insister sur un autre point : « Le refus d’un avortement sûr et légal est une violence envers les femmes ». L’eurodéputée n’a pas mâché ses mots à l’égard des gouvernements qui cherchent à restreindre le droit à l’IVG, rendant hommage « à la lutte exemplaire de milliers de femmes européennes, qu’elles soient espagnoles, en 2014, ou polonaises, en 2016. (…) C’est un message d’espoir. La mobilisation citoyenne peut faire plier les gouvernements les plus conservateurs et les projets de lois les plus régressifs et dégradants. »

Le FN au secours des discriminations

Comme à chaque fois qu’il est question de droits des femmes, les élus du Front National au Parlement européen ont refusé de voter ce texte. Les justifications de Mylène Troszczynsky, qui s’est exprimée au nom du groupe d’extrême droite, valent le détour. Pour résumer, la Convention d’Istanbul est nuisible car, en plus de sa vocation de lutte contre la violence faite aux femmes, elle s’attaque aux discriminations. Ainsi :

« Une fois la convention ratifiée et finalement imposée à tous les États membres, toute critique en matière – je cite – de sexe, genre, race, couleur, langue, religion, fortune, naissance, orientation sexuelle, identité de genre, âge, statut de migrante ou de réfugiée, opinion politique, opinion tout court et origine nationale ou sociale sera condamnable. »

Si on ne peux plus tenir des propos racistes, homophobes, sexistes, ou va-t-on, ma bonne dame ? Évidemment, l’ennemi, c’est l’autre, et la seule priorité est de prendre soin de ces « femmes européennes menacées dans leur corps et dans leur âme par des hordes de migrants incontrôlables. » On connaît la rengaine.

Et Mylène Troszczynsky de conclure, lyrique : « Votre vision étriquée et rabougrie de la femme est une insulte au génie dont elles sont capables. Sainte Geneviève, Jeanne d’Arc et Marie Curie n’ont, grâce à Dieu, pas eu besoin de vos politiques d’assistanat, ni de vos quotas pour montrer toute leur valeur et tout leur courage. »

« Il est urgent de ne pas attendre »

L’Union européenne a officiellement adhéré à la Convention d’Istanbul au printemps dernier, mais cette signature n’engage pas directement les États membre de l’UE. À ce jour la moitié d’entre eux (14) ne l’ont pas encore ratifiée. Il s’agit de la Bulgarie, la Croatie, Chypre, la République Tchèque, l’Estonie, l’Allemagne, la Grèce,la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, la République Slovaque et le Royaume-Uni.

Christine Revault d’Allonnes appelle la Commission à présenter « une stratégie européenne globale, avec un acte législatif sur la prévention et la lutte contre les violences envers les femmes. Il est urgent de ne pas attendre. »

 

 

Tous les articles de la rubrique Europe / Monde

Source

Partagez cette info