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Puy-de-Dôme : cinq ans de prison avec sursis après une agression sexuelle – Clermont-Ferrand (63000)


« Je pensais pas qu’elle le prendrait mal »

Les mains fermement accrochées à une petite chemise verte en carton qu’il tient sur son ventre, ce jeune agriculteur de 28 ans, éleveur dans une commune isolée du plateau du Cézallier (Puy-de-Dôme), en jeans et gros pull kaki, semble ne pas trop savoir ce qu’il fait à la barre du tribunal correctionnel, en ce jeudi après-midi.

Les faits d’agression sexuelle qui lui valent de comparaître sont pourtant d’une gravité certaine. Et auraient même pu l’expédier devant une cour d’assises si la qualification initiale de viol n’avait pas ensuite été correctionnalisée…

« Si c’est avec sa femme, non, ce n’est pas un viol »

Le prévenu (empty)

En septembre 2012, l’ancienne petite amie du prévenu, alors âgée de 19 ans, se décide à déposer plainte auprès de la gendarmerie pour un viol dont elle affirme avoir été victime, deux ans plus tôt, de la part du jeune homme.

Un soir, alors qu’ils sont ensemble depuis environ un an et qu’elle n’a que 17 ans, l’agriculteur l’aurait maintenue sur son lit avant de lui imposer une pénétration anale. Brutale. Violente. Humiliante.

« Pour vous, un viol, c’est quoi ? », l’interroge le président Boussaroque à l’audience. Long et pesant silence du prévenu. « Ben, c’est quand on tient une personne et qu’on la pénètre… », répond-il enfin de façon un peu mécanique.

« Et si ça se passe avec sa conjointe, c’est toujours un viol, pour vous ? », poursuit méthodiquement le président.

« Si c’est avec sa femme, non, ce n’est pas un viol », estime le prévenu, visiblement sûr de sa bonne réponse. Et ajoute : « J’ai pas eu l’impression qu’elle souffrait. Je pensais pas qu’elle le prendrait si mal… ».

Menacée de mort, harcelée par SMS

Décrit par les experts comme un être « fruste et immature », il ne présente pas de pathologies mentales. Ses copains, avec lesquels il fréquente les bals organisés sur le plateau, le disent « un peu fou-fou, un peu impulsif, mais pas mauvais garçon ».

Avouant avoir été « choqué » et s’être senti « à la rue » lorsque sa copine a fini par le quitter, quelques mois après le viol, le jeune homme l’aurait ensuite menacée de mort et harcelée par SMS. C’est ce qui l’a finalement incitée à déposer plainte, des mois après.

« Aujourd’hui, quelle vision avez-vous des femmes, Monsieur ? », poursuit le président. Le tribunal devra se contenter d’un regard vide et d’un silence assourdissant en guise de réponse.

Cette réponse, c’est Me Virginie Dessert, avocate de la jeune fille, qui la donnera quelques minutes plus tard : « Une femme, ça se respecte ! ».

« Si la victime n’avait pas accepté que cette affaire soit jugée en correctionnelle, vous seriez passé aux assises », a-t-elle poursuivi en s’adressant au prévenu. Qui ne réagit toujours pas, comme s’il n’était là qu’en spectateur.

« En 2010, cette jeune fille a vécu une soirée d’horreur, elle a crié, souffert, hurlé. Aujourd’hui encore, elle a peur de vous. Six ans après, elle souffre d’un état post-traumatique typique des victimes de viols ».

Incapable de raisonner

Le représentant du ministère public, Hervé Lhomme, a ensuite enfoncé le clou : « Vous considérez les femmes comme un animal, une poupée gonflable, un simple accessoire. Les mois passés avec vous ont été les plus terribles de la vie de cette jeune femme. Vous l’avez détruite ! », a-t-il martelé avant de requérir trois ans de prison, dont deux avec sursis et mise à l’épreuve, avec interdiction d’entrer en contact avec la victime.

L’avocate du prévenu, Me Valérie Taussat, tout en demandant « une peine intégralement assortie du sursis », a pointé « l’impossibilité, pour [son] client, de raisonner, de théoriser ». « Il n’en est simplement pas capable ! Il ne sait pas ce qu’est une femme, une relation amoureuse… Mais il comprend aujourd’hui qu’il ne fallait pas faire ce qu’il a fait et qu’il ne faudra plus le faire ».

(*) Cette peine est assortie d’une mise à l’épreuve pendant deux ans, avec interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il devra également lui verser 5.000 € de dommages et intérêts.

Christian Lefèvre

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