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«Une femme est toujours plus exposée à la violence qu’un homme»


L'assemblée nationale, pendant les débats sur la moralisation de la vie publique.

L’assemblée nationale, pendant les débats sur la moralisation de la vie publique. — J. Demarthon / AFP

  • Comme Nathalie Kosciusko-Morizet (LR) en juin, la députée LREM Laurianne Rossi s’est faite agresser alors qu’elle distribuait des tracts sur un marché, ce dimanche.
  • Les femmes politiques se font très souvent insulter, notamment sur les réseaux sociaux. 

Une discussion politique qui se solde par un coup de poing. C’est rare, mais c’est de plus en plus fréquent : dans l’actualité française récente, les deux agressions subies par Nathalie Kosciusko-Morizet (en juin) et
Laurianne Rossi (ce dimanche) en sont des illustrations. « Je pense aussi à
Jo Cox, députée britannique tuée pendant la campagne sur le Brexit, complète
Fabienne Keller (LR), sénatrice-maire de Strasbourg. Je constate que dans les trois cas, ce sont des femmes… Les femmes politiques semblent plus victimes que les autres de ce dégagisme général qui existe en ce moment », déplore-t-elle.

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« Une femme est toujours plus exposée à la violence qu’un homme », confirme la centriste Corinne Lepage. Pour l’ex-ministre de l’Environnement et députée européenne, « les lâches s’attaqueront de préférence à une femme. » Et ça ne concerne pas seulement les politiques : « D’une façon générale, les violences faites aux femmes dans l’espace public sont en augmentation », rappelle la sénatrice socialiste
Marie-Noëlle Lienemann.

Sous-entendus sexuels

Quand on leur parle de violences verbales, les élues évoquent naturellement les attaques dont elles sont victimes sur les réseaux sociaux. « Le repère de la lâcheté humaine », s’énerve la députée LREM Barbara Pompili. L’ancienne écolo n’a jamais été menacée physiquement mais reçoit régulièrement des messages haineux, parfois à connotation sexuelle : « Il y a toujours ce sentiment qu’une femme politique, ce n’est pas normal. On doit toujours se justifier d’être là. Une femme va toujours être suspectée, avec le sous-entendu sexuel. Si elle est là, si elle a réussi, ce n’est pas pour son talent, c’est parce qu’elle a fait ce qu’il fallait faire. »

Ce qui vaut sur les réseaux sociaux vaut aussi sur les marchés en porte à porte, raconte Isabelle Attard, ancienne députée écologiste :

Il y a moins d’appréhension, moins de gêne pour s’adresser à une femme de façon agressive. Les gens se permettent des réflexions très crues, très dures. J’ai le sentiment qu’il y a plus de déférence, de retenue avec un homme blanc, de plus de cinquante ans, en costard… Bref avec quelqu’un qui rentre dans le stéréotype de l’élu.

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Isabelle Attard n’a jamais été agressée physiquement mais sa maison avait été prise pour cible par la Manif’ pour tous, sa permanence aussi a régulièrement été visée, par des agriculteurs, par exemple. Comme celles de ses homologues masculins du département du Calvados, d’ailleurs : « Difficile de dire si ces opposants sont plus menaçants avec nous qu’avec un homme », nuance-t-elle. Précisons d’ailleurs que les hommes politiques sont eux aussi parfois victimes d’agressions : Manuel Valls a été giflé lors de la primaire de la gauche,
Pascal Terrasse (PS) a reçu un coup de tête et une gifle de la part d’un électeur en 2015, par exemple.

Grande fermeté

« Je ne sais pas ce que vivent les hommes, mais c’est clair, les gens se lâchent, reprend Fabienne Keller. Les réseaux sociaux donnent le droit de tout dire, les gens se défoulent. » « Tout ça crée une ambiance qui légitime certains passages à l’acte », ajoute Barbara Pompili. Toutes souhaitent une grande fermeté de la part de la justice contre les agresseurs.

L’homme qui s’en est pris à Laurianne Rossi doit être jugé en comparution immédiate ce lundi après-midi.

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